Les Giovannali

Lorsque nous parlons d’hérésies du Moyen-Âge et persécutions de l’Eglise, ce sont les Cathares qui viennent en premier à l’esprit. Or, la Corse a connu elle aussi avec les Giovannali une hérésie qui s’est terminée en tragédie. 


C’est en faisant une recherche sur mes ancêtres corses que j’ai découvert  l’histoire de cette confrérie. 


J’ai trouvé des fragments de textes dont la plupart sont tirés d’une conférence donnée en 1866 par Alexandre Grassi, diplômé de la faculté de droit d’Aix-en-Provence, passionné d’archéologie et d’histoire, pour exalter la résistance à l’oppression. 


J’en ai écrit un résumé succinct afin de lever le voile sur cette partie méconnue de l’histoire de la Corse qui s’étale pourtant sur plus de cinquante ans.


Lorsque je l’évoque ici avec des anciens, très peu en ont entendu parler. 


Les Giovannali (ou Ghjuvannali en langue corse) sont apparus dans la région de l’Alta Rocca, plus précisément dans le village de Carbini. 


Leur engagement et leur rejet de la hiérarchie épiscopale qu’ils jugeaient trop peu respectueuse de la vérité du message christique, attirèrent l’attention de l’Eglise.


Animés par une vive piété, les Giovannali s’imposaient des pénitences et des actes de mortification. Ils prônaient l’humilité, la simplicité, la pauvreté, la non-violence et le partage des richesses. Ces communautés mixtes où les femmes avaient une place particulière renonçaient aux sacrement du mariage ce qui leur valut une réputation de débauchés.  


Le pape Innocent VI à qui ils refusaient de payer l’impôt, déclara les Giovanalli hérétiques. Il envoya contre eux un commissaire ecclésiastique qui se rendit sur l’île avec des soldats et la persécution commença avec toutes ses horreurs. Le village de Carbini fut entièrement détruit. 


Mais les Giovannali ne se découragèrent pas et, renforcés par de nouveaux adeptes, se réfugièrent dans les montagnes les plus élevées, les plus inaccessibles, appelant à eux tous les désespérés, les maudits, les opprimés. 


Ils remontèrent la haute chaîne qui sépare l’île en deux jusqu’à la piève d’Alésanie, en Castagniccia, pays qui devait porter le glorieux nom de Terre des Communes. 


En encourageant la mise en commun des biens, ils menaçaient l’ordre établi. Leur spiritualité, leur sens religieux et social s’étaient alors répandus dans presque toute la Corse. 


La tradition veut que les derniers représentants de cette dissidence aient été brûlés à Ghisoni, au pied de deux montagnes qui, depuis, se nomment Kyrie Eleison ( Seigneur prends pitié) et Christie Eleison (Christ, aie pitié). 



https://youtu.be/dMWekhYsHyI?si=JzrlwnMl8s_jcPx1


Commentaires

  1. Voila un passage de l'histoire complètement passé sous silence...
    J'ai un peu de mal avec les actes de mortification, surtout quand on prône la non-violence, mais l'ensemble de leur action reste remarquable, et guidé par le sens de la justice et du vrai message chrétien, dans une période où on ne rigolait pas avec le pouvoir castrateur du clergé.
    Des martyrs, en somme, des maquisards de la foi...
    Tu leur rends hommage en ressortant leur histoire du placard.
    Bisous
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Après recherche concernant ces mortifications, j'ai lu qu'ils se livraient à des séances de flagellation avec des fouets jusqu'au sang, visant à imiter les souffrances du Christ et à expier leurs péchés.
      Ils pratiquaient des jeûnes très stricts pendant de longues périodes.
      Ils renonçaient aux possessions les plus élémentaires.
      Certains vivaient retirés dans des conditions très austères tels des ermites.
      Tout cela associé à la non-violence n'est pas sans rappeler certaines pratiques du Bouddhisme.

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  2. Merci pour cette page historique.

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