Narcisse ?
Cet après-midi, je parcourais des photos prises lors de randonnées dans la Drôme il y a une dizaine d’années. Il s’agissait surtout de paysages mais je me suis arrêtée sur quelques unes où j’apparaissais ( il y en a très peu) et j’ai éprouvé le besoin de les mettre de côté. Je me suis alors demandée qu’est-ce qui me pousse à faire cette petite sélection ? Suis-je narcissique?
Peut-être un peu. Mais je crois aussi que je suis sensible au passage du temps, ces moments vécus et enfuis. Dans mon apparence physique, une coupe de cheveux, une tenue, je revis une époque, des lieux, des émotions ressenties. Je redécouvre une version de moi que j’avais oubliée. Le plaisir d’une rencontre avec le moi d’hier et celui d’aujourd’hui. Je mesure avec tendresse le chemin parcouru, ce que le temps a fait de moi. C’est comme découvrir une presqu’étrangère qui, pourtant, est encore moi.

Je ne suis pas convaincu qu'il s'agisse de narcissisme. Ne s'agit-il pas simplement d'apprendre à se regarder via un cliché qui nous a saisi à l’instant ?... On pourrait s'amuser à dire que notre corps actuel n'est plus l' enveloppe charnelle d 'il y a dix ou vingt ans, puisque la majorité de nos cellules se renouvellent : au point où le corps de maintenant n'a presque rien en commun avec le corps de jadis...
RépondreSupprimerCes clichés sont une histoire par l'image, ancrant nos émotions et notre mémoire dans le cliché (enfin pour les gens humains comme toi). J'ai passé des décennies à refuser d'être saisi par un objectif ; en vain. J'ai fini par récupérer quelques clichés ici et là et je ne suis pas certain que celui que je vois fut celui que je suis... Rien ne résonne en moi quand j'essaie de me connecter à l'image. Il est vrai que que mon cerveau a scellé beaucoup de souvenirs, sans doute pour m'éviter d'exploser comme un obus.
Les clichés que tu partages montrent des moments de plénitudes, d'harmonies, de joies de vivre.
Belle journée à toi, où que tu sois.
J'ai compris que tu portais en toi des souvenirs très douloureux que tu as enfouis et sur lesquels tu n'as pas envie de revenir. Tu sais que j'ai la chance d'avoir des souvenirs heureux et, les années passant, j'aime m'y replonger. Je possède peu de clichés de moi-même et je n'aime pas spécialement me contempler alors, oui, parfois une photo m'étonne car à la fois je ne me reconnais pas et à la fois j'apprends à me regarder comme tu le dis.
SupprimerMyrte. Justement, maintenant que je viens de sortir de la vie active, le travail que je n'ai plus et qui représentait une "fuite en avant", n'est plus. Maintenant je me fais face, avec tout ce qui est enfoui en moi ; d’où mon blog "Dissonance". Non pas pour exhiber je ne sais quoi, ou "prêcher la pitié à l'ombre de ma misère", comme le disait Tom Novembre (le frère de Charlélie Couture) ; mais comme témoignage pour, qui sait, éviter des travers à certaines et certains.
SupprimerMe contempler... il faut faudrait encore que je sois un bel homme ; ce n'est pas le cas. Mais au moins me dire : "wow, qui imaginerait ce qu'il y a à l'intérieur de ce type ?" C'est là une forme de dérision et d'observation pour me dire que tout est possible : l'inattendu et l'imprévisible sont, malgré tout ! Tu as de bons souvenirs, et je ne te le reproche pas. Lors d'une de mes thérapie, la praticienne m'a demandé d'imaginer un moment de ma vie calme et sécurisant, apaisant... J'en étais incapable. Je ne jalouse pas les gens normaux qui en ont ou qui en débordent... Prends soin de toi, car personne ne le fera à ta place.
Jiru, un jour j'ai vu une photo de toi, tu es un bel homme. ;-)
SupprimerOn veut voir La photo ! On veut voir La photo ! On veut voir La photo ! :-)
SupprimerAlain tu devrais demander la photo directement à Jiru car il n'est pas sûr qu'il lise ton commentaire ici :-)
SupprimerMyrte. Pourtant je te lis, en catimini... Pour les commentaires, il semble que je doive tourner ma langue sept fois dans le sens des aiguilles d'une montre (à moins que ce soit le contraire...) avant de répondre. Quand je le fais (commenter, pas tourner ma langue) il semble que je sois à chaque fois à côté de la plaque. Du coup je m'entraine à la rotation de l'appendice qui réside dans ma bouche...
SupprimerCélestine, je ne me souviens pas de m'être exposé au regard via une photo. Cela ne me ressemble pas, au sens propre et au sens figuré...
Si l'on me demandais aujourd'hui, j'en présenterai une par dérision. Mais à quoi bon ? Je ne suis pas un "chippendale" ni un beau gosse... J'aime raser les murs et esquiver les regards.
Je laisse les belles personnes se montrer à autrui, comme Myrte et Célestine ; car la beauté dans le monde, qui n'est pas le mien, doit être honorée... Bonne soirée à toutes et tous.
Je ne trouve pas que tes commentaires soient à côté de la plaque Jiru.
SupprimerUne petite dose de narcissisme est comme un coup de brosse à un vieux chapeau. Ça ne peut pas faire de mal. ;-)
RépondreSupprimerMe voir en photo me fait toujours une impression un peu bizarre. C'est un autre moi, celui d'un temps passé, figé sur papier glacé. Heureusement, je n'apparais que très peu sur les photos, principalement parce que c'est moi qui tiens l'objectif. Mais, à l'heure des téléphones portables qui font de belles photos, je ne suis plus maître de mon image.
Parmi tes photos, je crois reconnaître le sommet du mont Ventoux (qui n'est pas dans la Drôme), mais peut-être me trompe-je ?
Sur le Net, via mon blog, il circule seulement trois photos de moi. Une, à deux ans ( billet, Bouginaïre), une autre à vingt ans (billet, j'voulais pas) et la dernière en 2020 (billet Vendeuvre). C'est assez pour moi.
J'aime bien l'idée du coup de brosse au vieux chapeau. En effet, le mont Ventoux ne se trouve pas dans la Drôme mais la photo était parmi les autres (qui correspondent à l'époque où j'habitais dans la Drôme). Chacun fait comme il peut avec son image. Les amérindiens pensent qu'une photo peut voler notre âme.
SupprimerNon, il ne s'agit pas de narcissisme (notre éducation nous a peut-être trop appris à ne pas nous mettre en avant ... "in medio stat virtus") Et en plus, ça nous donne l'occasion, au fil du temps, de découvrir ton joli minois.
RépondreSupprimerDe nature je ne me mets pas trop en avant mais avec les années j'ose... Merci ma p'tite dame pour le compliment ! Tu es une savante latiniste !
SupprimerToi ? Narcissique ? Très certainement… depuis que je te connais j'observe à quel point tu es dans l'admiration perpétuelle de ta personne, manipulatrice, manquant totalement d'empathie, se proclamant supérieure aux autres et cultivant le mensonge avec bonheur.
RépondreSupprimerÀ ton âge, je ne sais pas si ça peut encore se soigner ! ;-)
Bon, maintenant : commentons sérieusement :
C'est plus important qu'il n'y paraît d'observer les photos qu'on a de soi. Comme tu le dis, on se redécouvre et on s'enrichit si on laisse venir tout le vécu qui environne la photo. J'aime beaucoup quand tu écris « je mesure avec tendresse le chemin parcouru ». Voilà exprimée la juste affection de soi, légitime et nécessaire à intégrer pleinement, pour être redonnée ensuite à l'entourage. En observant ainsi tu ne vois pas une personne étrangère,(cependant je comprends le sens de ton propos), mais toi-même aux diverses étapes de ta vie.
Lorsque j'ai animé des stages de « connaissance de soi » (en version longue sur plusieurs jours) je demandais de venir avec des photos aux divers âges de sa vie. Des exercices étaient proposés à partir de ces images. C'est un peu ce que tu fais dans ce billet. Je te souhaite d'en retirer des bénéfices profonds pour l'image de toi à travers tes âges.
Pour ma part, je vois une femme épanouie, harmonieuse, belle, habitée d'une vie profonde qui transparaît sur ton visage.
Lorsque je me remémore des photos récentes publiées sur ton blog, je vois tout cela dans ton développement et ta maturité. Tu restes et demeure une belle personne et je sais tes qualités humaines et de présence aux autres que tu manifestes là où nous retrouvons assez fréquemment.
Tes louanges me touchent profondément Alain et me bouleversent. Je trouve intéressant le regard que nous avons chacun sur notre propre image. Tu dis que dans les stages que tu animais étais proposés des exercices à partir de photos, je ne suis pas étonnée qu'il y ait beaucoup à en retirer.
SupprimerTrès beaux souvenirs :) Exister, Evoluer, Ressentir ne peut se faire qu'en étant capable de se regarder, intérieurement surtout mais aussi de l'extérieur. J'apprends à me regarder alors que les années me changent inexorablement.. Je n'ai pas encore décelé de quoi il s'agissait.. Principalement de pouvoir toujours être active je pense. Je te rejoins dans l'importance de réaliser le chemin parcouru, d'y déceler ce que nous sommes véritablement malgré les évènements de la vie et d'être capable de porter un regard de tendresse dessus. Quand j'ai arrêté les blogs il y a dix ans, je n'arrivais pas à relire ceux que j'avais mis en privé. Dernièrement, j'ai pu, je les ai lus avec beaucoup de tendresse. C'est comme çà que j'ai su que mon regard avait évolué et que j'étais prête à nouveau à extérioriser mon intériorité. Je te remercie de m'avoir donné l'opportunité de parler de cela à travers ce billet très beau. Il me rappelle les propos de Mr Munier père dans "Le chant des forêts" : "On est ce qui s'en va". beau week end Myrte.
RépondreSupprimer"On est ce qui s'en va"... J'ajouterais : mais aussi ce qui reste et sera... Ce que nous vivons nous modifie mais le moi profond est toujours là. Il n'est pas toujours facile d'extérioriser notre intériorité... Là, j'ajouterais : et de se montrer tel que nous sommes physiquement surtout sur le net. Bon week-end Avalon.
SupprimerTu vois que j'ai raison de t'appeler Belle Corse !
RépondreSupprimerTu es très belle, et je sais maintenant, pour le vivre au quotidien, que la beauté c'est l'intérieur qui l'illumine. En tout point d'accord avec Alain X. Tu es une belle personne.
Pendant ma thérapie, et pour apprivoiser mon image (bien détériorée par les relations toxiques qui ont traversé ma vie et les atteintes à mon intégrité de femme) ma psy me demandait de me prendre en photo moi-même, sous tous les angles, et même en (très) petite tenue. J'ai fini par accepter, puis reconnaître que finalement, je ne suis pas si mal. C'est ce que tu appelles "se regarder avec tendresse"...C'est ce qui m'a permis de rencontrer l'homme que j'aime, et de le croire quand il me dit que je suis belle.
Je te citerai pour finir ce passage du livre de Colette que je suis en train de lire :
«Il faut vieillir. Ne pleure pas, ne joins pas des doigts suppliants, ne te révolte pas : il faut vieillir. Répète-toi cette parole, non comme un cri de désespoir, mais comme le rappel d’un départ nécessaire. Regarde-toi, regarde tes paupières, tes lèvres, soulève sur tes tempes les boucles de tes cheveux : déjà tu commences à t’éloigner de ta vie, ne l’oublie pas, il faut vieillir ! Eloigne-toi lentement, lentement, sans larmes ; n’oublie rien ! Emporte ta santé, ta gaieté, ta coquetterie, le peu de bonté et de justice qui t’a rendu la vie moins amère ; n’oublie pas ! Va-t’en parée, va-t’en douce, et ne t’arrête pas le long de la route irrésistible, tu l’essaierais en vain — puisqu’il faut vieillir ! Suis le chemin, et ne t’y couche que pour mourir. Et, quand tu t’étendras au travers du vertigineux ruban ondulé, si tu n’as pas laissé derrière toi un à un tes cheveux en boucles, ni tes dents une à une, ni tes membres un à un usés, si la poudre éternelle n’a pas, avant ta dernière heure, sevré tes yeux de la lumière merveilleuse — si tu as, jusqu’au bout, gardé dans ta main la main amie qui te guide, couche-toi en souriant, dors heureuse, dors privilégiée. »
Bisous belle Corse
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Les Vrilles de la vigne, 1908.
Merci Célestine d'avoir partagé ce magnifique extrait. Colette fait partie de ces auteurs que j'aime lire et relire pour ne pas oublier la beauté de leurs mots. J'ai compris que tu avais vécu une malheureuse relation toxique qui t'a profondément atteinte. Tu en fais ça et là de vagues allusions. Je suis persuadée que la beauté est une affaire de lumière intérieure. J'ai connu des personnes à la plastique parfaite qui étaient creuses et insipides et d'autres au physique quelconque qui rayonnaient de beauté intérieure. Je crois aussi qu'il faut se trouver beau pour plaire aux autres... Je trouve que ta beauté transparait de partout, autant sur tes photos que dans tes mots.
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