Jazz

Quand j’avais fini ma journée à la crèche dans le brouhaha, les cris des enfants et la pression permanente, je sortais du bâtiment et prenais le temps de respirer un bon coup. Puis, d’un pas léger, le petit vent dans les cheveux, je rejoignais ma voiture sur le parking. Une clio baccarat qui avait vingt ans, achetée dans l’urgence à bas prix et qui m’a bien dépannée pendant à peu près deux ans. À l’époque où elle a été créée, c’était la voiture de luxe de madame : sellerie en cuir et boiserie sur le tableau de bord. Un petit luxe auquel je ne m’attendais pas mais que j’ai apprécié. Je l’aimais bien ma petite clio. Elle sentait bon. Le seul ennui c’est que l’auto-radio ne captait correctement que TSF Jazz, les autres stations étaient inaudibles. Je n’étais pas spécialement amatrice de jazz mais, finalement, contre toute attente, j’ai fini par l’aimer. Dans ces radios spécialisées très souvent les morceaux sont enregistrés sur une bande qui passe en boucle. J’entendais toujours les mêmes. C’est ainsi que je me suis rendu compte qu’une musique plus on l’écoute plus on l’aime.

Pour rentrer chez moi, avant d’atteindre la voie rapide, je devais prendre une petite route au milieu de nulle part. Mon chemin des écoliers. Un ruban d’asphalte assez rectiligne, sans bordures ni bas-côtés qui passait au milieu de champs de maïs, de tournesols ou de zones caillouteuses où seuls les virevoltants dansaient dans le vent.

Je roulais doucement, le bras à la portière dans la lumière rasante et dorée de la fin d’après-midi. J’aimais ce moment particulier, cette parenthèse, ce sas de décompression où j’avais l’impression d’être seule au monde, le jazz dans l’oreille. Je le faisais durer. Aujourd’hui je repense à ces instants de grâce si précieux en écoutant Norah Jones.














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