Signes et croyances

Ce matin n’était pas comme les autres. 

De retour de la promenade avec Vernon, Christian était déjà levé car il doit assurer une permanence à la mairie de Balogna alors que d’habitude il est encore au lit et Vernon se presse d’aller le réveiller avec sa délicatesse légendaire : sauts de cabri sur le ventre et léchouilles appuyées. 


Donc là, il était debout et avait préparé le petit-déjeuner, je n’avais plus qu’à mettre les pieds sous la table, ce que je me suis empressée de faire pour profiter de ce délicieux moment .


C’est peu après que je me suis demandé si j’avais donné à manger à Vernon. Je ne me voyais pas lui mettre ses croquettes dans sa gamelle. Nous faisons les gestes quotidiens tellement machinalement. Je demande à Christian s’il m’a vue lui donner, il répond que non mais ça ne m’aide pas. D’autant que Vernon ne réclamait pas spécialement. J’ai même sorti sa boîte pour me souvenir d’un indice, mais rien ! Finalement je lui ai donné la moitié de sa ration matinale au cas où.


Tout en déjeunant, je cogitais sur la mémoire qui est quelque chose de bien fragile et sur le rôle en général de notre cerveau sur nos souvenirs. Il a suffit d’un petit changement dans la routine habituelle pour que je zappe le repas de Vernon. Pauvre Vernon !


De fil en aiguille, à propos du cerveau, m’est revenu un échange que j’ai eu hier avec la compagne de mon plus jeune fils, Cindy. 

Nous parlions de la mort et, entre autre, de ce grand mystère qu’est l’au-delà. Cindy y est particulièrement sensible en ce moment car elle a perdu récemment son père dont elle était très proche. 


Cindy disait que le jour du décès il y avait eu d’étonnantes apparitions de papillons saint Antoine. Il s’agit de moro sphinx, étrange petit papillon qui ressemble à un colibri qui butine le nectar des fleurs et que l’on ne voit jamais se poser comme s’il était toujours en suspension dans l’air. En Corse, il est appelé Sant Antonu est on lui attribue le rôle de messager de bonnes nouvelles. Elle avait vu aussi des papillons blancs qui représentent une manifestation rassurante de l’au-delà. Je ne connaissais pas ces croyances mais me suis dis que Cindy avait dû entendre cela enfant, le culte des morts et les superstitions étant profondément ancrés dans la tradition corse. 





Je réfléchissais sur le rôle encore une fois du cerveau humain dans les détails que nous voulons bien observer.


Ma mère, d’origine espagnole, avait des croyances aussi. Je me souviens que lorsqu’elle faisait tomber un couteau elle disait que nous allions avoir de la visite. Il y en avait d’autres encore, il ne fallait rien entreprendre le vendredi sinon c’était voué à l’échec. J’avais l’impression qu’elle répétait cela par tradition sans vraiment en vérifier l’effet.


Cindy m’a fait ensuite une étrange confidence. Quelques jours après le décès de son papa, elle avait trouvé par terre une petite perle avec la lettre C inscrite dessus. Quelques jours après une autre perle avec la lettre i. Ensuite elle avait découvert une lettre N sur un torchon chez elle. J’ai oublié où elle avait trouvé la lettre D et, pour finir, elle a découvert une griffure sur le verre de ses lunettes de soleil qui la gênait. Quand elle a observé de plus près, il s’agissait de la lettre Y, comme si on l’avait gravée au poinçon. Elle me l’a montrée et j’ai pu constater que c’était vrai. 





Voilà, pour elle, son prénom Cindy était envoyé comme une pensée de son père.


Je n’ai moi-même jamais vécu de telles manifestations de l’au-delà ni interprété de signes. Je reste assez sceptique mais garde l’esprit ouvert.


Et vous, avez-vous des histoires à raconter ?


Commentaires

  1. Dans ces moments difficiles, notre esprit est en alerte, est plus fragile qu'à l'ordinaire. Il est aussi plus attentif à tout ce qui nous entoure.Il est possible de voir des signes et de les interpréter comme tels. Pour se rassurer, se réconforter. Quelque chose à quoi se raccrocher, tant le chagrin peut être immense. Je pense que c'est vital. Pour ma part, je n'ai pas souvenir de signes quelconques, mais je ne suis pas objectif. Probablement que le chagrin m’obstruait les sens...
    Quant aux croyances que tu évoques, il y en avait aussi dans mon Cantal, mais je ne m'en souviens plus vraiment. Ma maman, parfois, en invoquait, tout en rajoutant : « On disait ça autrefois, mais ça ne peut pas être vrai ».
    En dernière minute, alors que je m’apprêtais à cliquer sur « publier ».
    Lorsque mon fils aîné était tout bébé, du bout de ses petits doigts, il se griffait le visage avec ses ongles. J'entrepris donc de les lui couper. Que n'avais-je pas entrepris là ! Ma belle mère s'empressa de me dire qu'il ne fallait surtout jamais faire cela. Couper les ongles d'un bébé le rendait voleur. Tant pis, lui dis-je, il volera de ses propres ailes. ;-) Je ne suis pas sûr qu'elle ait apprécié le jeu de mots. C'était une croyance, bien mal fondée.

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    1. Je pense aussi que le cerveau nous laisse voir ce que nous avons besoin de voir et il est plein de ressources dans le chagrin. Pour les ongles des bébés, je me souviens qu'on m'avait dit de ne pas le faire les premières semaines car il n'est pas encore bien formé et qu'il y a risque de couper la peau du doigt mais jamais qu'il pourrait devenir voleur ! Tu as bien répondu ! Merci Xoulec pour ton témoignage .

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  2. Quand ma sœur cadette est partie de l'autre côté de l'horizon alors qu'elle avait quarante-trois ans, son mari voyait des signes autour d'elle pendant ses funérailles... Je me suis même surpris, dans ma tête, de défier les dieux et les diables pour échanger ma place avec celle de ma petite sœur... Rien ni a fait, ni ma fureur ni ma peine ni mon engagement.
    Notre cerveau déteste les situations stressantes et trouve une voie pour expliquer ou tempérer. C'est là la clé de nos réflexions et de nos actions.

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    1. C'est vrai Jiru, nous nous protégeons comme nous pouvons...

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  3. A l'enterrement de mon père, les messieurs qui portent le cercueil l'ont posé sur des tréteaux, et une des poignées est restée en l'air. Et au moment où le prêtre disait : Je suis sûr que tu nous vois, de là où tu es » la poignée est retombée lourdement. Tout le monde a rigolé, et j'ai clairement pensé que mon père le facétieux nous faisait une des ses blagues...
    C'est étonnant la synchronicité, je viens d'écrire un billet sur les sujets profonds de conversation, et tu évoques ce dialogue avec Cindy... Nous sommes connectées, ça c'est certain.
    Bisous belle Corse
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. J'imagine bien l'effet qu'a dû faire le bruit de la poignée qui retombe... Je m'en vais lire ton billet !

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  4. La mémoire routinière est faite d'automatismes pour nous simplifier la vie. Sauf que s'il y a une entorse à la routine… ça complique un peu !

    À propos du mystère de l'au-delà, pour y remédier on a fabriqué toutes sortes de croyances de ce-que-c'est-que-ça-sera-après… dans l'histoire humaine, les archéologues montrent qu'on a inventé une panoplie incroyable et diversifiée dans laquelle on a tous les choix possibles, il suffit de puiser, ou de s'inventer soi-même « notre au-delà ».
    Ce qui me semble indéniable c'est qu'il nous faut une option, une réponse.
    Les religions apportent chacune leur « prêt à croire » il suffit de signer. Dans certains pays d'Europe en particulier, les religions ne font plus tellement florès. Ça complique.

    Face au décès de quelqu'un qui nous est proche, si on n'a plus de références culturelles, c'est plus délicat. Alors, on voit des signes autour de soi. Respectons la personne qui les voit et ses propres croyances. C'est important pour elle.
    Surtout quand la croyance rassure… elle est d'ailleurs faite pour ça… et encore plus quand la croyance est une longue tradition comme tu l'indiques concernant la tradition Corse. Toute tradition est une véracité.

    Alors on pense à l'éternelle question de Ponce Pilate : « Mais qu'est-ce que la Vérité ? »
    Bon, j'arrête là mes élucubrations…

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    1. Des signes qui rassurent et deviennent croyances, c'est tout à fait ça. Quant à la vérité ? That is the question !

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  5. J'ai vécu ceci : https://loeildukrop.eklablog.com/avec-le-coeur-34-a99062099 ... et même si ça fait un long moment que non maintenant, senti sa présente pregnante auprès de moi ... je ne sais qu'en penser !

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    1. J'ai lu attentivement ton texte Nikole et j'en ai été troublée car je me suis reconnue dans cette sensibilité aux signes qui surgissent et qu'on ne sait comment interpréter. Je suis très partagée entre l'envie de croire qu'ils nous sont réellement envoyés de l'au-delà ou qu'ils sont une facétie de notre cerveau-ami-consolateur...

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    2. Je trouve que c'est bien d'être dans cet entre-deux. Ni trop cartésien(ne), ni trop perché(e)...Un juste milieu qui permet d'appréhender la vie (et la mort) de manière non binaire. C'est tellement subtil et personnel, le rapport à la mort...
      •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    3. Je pense comme toi Célestine, il faut garder un esprit ouvert...

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  6. Par contre que dire de l interprétation des rêves ?

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