Marrakech

J’ai grandi à Marrakech. Mon père travaillait comme mécanicien aux entrepôts frigorifiques et nous habitions un rez-de-chaussée au sein de l'entreprise. Il y avait une immense cour où les camions effectuaient d’incessantes rotations pour décharger des caisses de fruits et légumes sur les quais. Nous n'avions pas le droit d'y aller mais le dimanche le portail était fermé, il n’y avait plus de circulation et nous avions alors la permission d'y jouer. Il y avait toujours un chien qui courait avec nous.


Les quais étaient interdits aussi mais la tentation était trop forte, c’était si amusant de s'assoir sur les transpalettes et de se faire tirer à tour de rôle ou de se construire des cabanes avec les cagettes empilées. 


Voici les quais avec au centre la guérite de M. Borbotte qui gérait l'arrivée des marchandises. Il nous faisait la chasse lorsqu'il nous voyait mais le dimanche la guérite était vide.



Les transpalettes ressemblaient à ça :




Voici la maison où nous habitions. Ses murs étaient ocres comme à peu près toutes les constructions à Marrakech. C'est pourquoi on l'appelle la ville rouge.






Au rez-de-chaussée, nous bénéficions d’un jardin arboré, d’une buanderie avec une petite cour pour étendre le linge et d'un garage. À l'étage vivait une autre famille.



Ma soeur, mon frère et moi devant la barrière du jardin. Mon père l'avait fabriquée et  la repeignait chaque année.




Le bananier et moi dans le jardin




D'autres photos :

La famille dans le jardin


Devant la maison


Mon frère dans la grande cour



J'aime bien cette photo dans la salle des machines, mon père est au milieu






Nous avons quitté le Maroc en 1965.


Mon frère y était retourné quelques années après et avait été choqué par l’état de délabrement du bâtiment. Il avait pris quelques photos que voici :



La maison vue de l'extérieur. La peinture des murs s'écaillait. 





J'étais souvent assise sur les trois marches du perron de la porte d'entrée.

La fenêtre de gauche était celle du salon, à droite celle de ma chambre avec

les murs crème et le sol en terrazzo. 





La jolie barrière blanche avait été remplacée par cette horreur.





On distingue le balcon où mon père avait son fauteuil pour lire le journal, "le petit marocain", le portillon, la boîte aux lettres et la petite rampe d'accès en béton au trottoir pour les vélos.


Je suis retournée à mon tour à Marrakech dans les années qui ont suivi mais je suis restée devant le portail fermé. Je n'avais pas envie d'entrer ni de prendre des photos. Tout était comme sur celles de mon frère dans un lamentable état et peut-être pire. 


Et puis Amadi, un ouvrier qui aimait beaucoup mon père, s'est approché du portail pour me demander ce que je cherchais. Il parlait toujours très mal le français. Je lui ai répondu que j'étais la fille de M. Giacomoni et que je passais juste pour revoir la maison. Il a eu les larmes aux yeux et a dit : "Monsieur Camoni ... toujours, toujours..." en posant une main sur son coeur.


J'ai essayé avec google map de déambuler dans les rues du guéliz de Marrakech mais je n'ai rien reconnu, stupéfaite de constater comment ma petite ville est devenue une mégapole sans âme.


La route qui menait aux entrepôts frigorifiques, loin du centre ville, à l'époque n’avait pas de nom et s’arrêtait dans un désert avec quelques palmiers qui nous donnait l'impression d'habiter au bout du monde. Notre adresse postale était : Entrepôts frigorifiques de Marrakech.


Aujourd'hui l'avenue s'appelle El Idrissi et est traversée de toute part par un incroyable réseau de rues. Elle est flanquée de constructions qui me semblent irréelles. Des centres commerciaux, des complexes sportifs, des cinémas, des restaurants, des hôtels ... Les entrepôts frigorifiques sont une société de gestion des entrepôts frigorifiques de Marrakech : SOGEFRIM. 

Ce sont quelques photos que j'ai de cet endroit mais je garde dans mon coeur les belles images de tout ce que nous y avons vécu, les images de mon enfance. 

Commentaires

  1. L'enfance a un parfum particulier qu'il est impossible de retrouver, tant il est ancré en nous. Se plonger dans les photos-souvenirs peut éveiller un soupçon de nostalgie et permet de mesurer le chemin parcouru. Hélas, si les souvenirs sont restés intacts, il n'en est jamais de même des lieux que nous avons aimés, où nous avons grandi.
    Au fond de nous, on aimerait les retrouver comme ils étaient, mais nous ne les voyons plus avec le même regard. Cela dit, que ce soit au Maroc ou dans mon Cantal, les photos se ressemblent... Les vêtements, les coiffures, les postures. Le noir et blanc renforce l'effet « vieux souvenirs » d'une autre époque.
    Les images de l'enfance font partie de nous. Nous sommes ces images.
    J'imagine qu'il a été aussi difficile de quitter un pays, de laisser la maison où tu as grandi ♫♫♫ que de s'installer dans un autre...
    1965 ! Lorsque ta famille et toi avez quitté Marrakech, je naissais tout juste.

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    1. J'aime quand tu dis " Les images de l'enfance font partie de nous. Nous sommes ces images." En fait je suis plus nostalgique de l'enfance que du Maroc lui-même. Après avoir réalisé cet article, j'ai eu l'impression d'avoir plongé dans le passé et plein de souvenirs me sont revenus. Je n'étais pas triste le jour du départ car j'étais contente d'aller à la découverte d'autre chose. Il faut savoir que nos amis et familles étaient tous partis. Je suis ton aînée, tu me dois le respect ... ;-)

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