Peur dans la nuit

Ils étaient partis en amoureux dans un petit patelin complètement perdu choisi au hasard en pointant un stylo sur une carte de France. Une envie d’aventure. 


D’austères maisons en pierres noires sans fleurs aux fenêtres et, sur la place, un unique café où ils entrèrent. Deux ou trois clients bavardant appuyés au comptoir s’arrêtèrent de parler, fixant les nouveaux venus qui demandèrent des cafés et s’assirent à une table dans un silence pesant. Le serveur tarda à les servir. Ils lui demandèrent alors où ils pourraient dormir dans le coin et celui-ci leur répondit qu’à l’étage au-dessus étaient proposées trois chambres très sommaires. Ils en réservèrent une et partirent pour une randonnée dans les alentours. 


Le soir venu, fatigués de leur journée, ils regagnèrent le café-hôtel et furent conduits dans leur chambre. Le serveur précisa qu’ils ne seraient pas dérangés par le bruit car ils étaient les seuls clients. La chambre était petite avec juste un lit placé devant une fenêtre car il n’y avait aucune possibilité de le positionner ailleurs. Une salle d’eau unique se trouvait au fond du couloir. Le ciel s’était déjà obscurci. Ils s’allongèrent sur le lit, fourbus et, contre toute attente, s’endormirent avant même de  se doucher et sans dîner. 


Au beau milieu de la nuit, la jeune-femme émergea en sueur d’un rêve oppressant. Elle avait beau écarquiller les yeux, elle ne distinguait que du noir, comme une encre profonde dans laquelle elle se sentit engluée. Une angoisse monta en elle et elle actionna le bouton de sa lampe de chevet. Celle-ci s’éclaira très brièvement comme un éclair juste avant d’émettre un grésillement et un « pop » puis s’éteignit définitivement. Ampoule grillée. Elle ne put s’empêcher de secouer son compagnon qui, ensommeillé, marmonna quelques mots incompréhensibles. 


  • Réveille-toi ! Dit-elle, allume ta lampe !


Le jeune homme s’exécuta. On entendit le « clic » de l’interrupteur mais aucune lumière ne se fit. Après plusieurs essais infructueux, rien d’autre que ces ténèbres inquiétantes. La tension de la jeune femme monta d’un cran et se communiqua à son compagnon qui entreprit d’ouvrir la fenêtre mais il peinait à actionner l’espagnolette comme si le système d’ouverture n’avait pas été utilisé depuis longtemps. Lorsqu’il parvint enfin à le décoincer, les volets continuaient de résister comme si une main les retenait. Lorsqu’ils cédèrent enfin et s’ouvrirent, un amas de branches jaillit brusquement dans la chambre. Une glycine grimpante, solidement agrippée aux volets venait de s’arracher et se répandre sur le lit. 


Le coeur battant, à la lueur bleutée de la lune, l’homme et la femme hébétés regardèrent les dégâts : le couvre-lit en coton blanc était maculé de branches, de feuilles, de vrilles  et de terre. Depuis combien de temps cette fenêtre n’avait-elle pas été ouverte ?


  • Partons d’ici, s’écria la jeune femme tremblante, je ne peux pas y rester une minute de plus. 


Le jeune-homme, aussi angoissé que son amie, saisit leur sac de voyage qu’ils n’avaient même pas eu le temps de défaire. 


Ils descendirent à l’accueil où ils ne virent aucun gardien. 


Haletants, ils prirent leurs jambes à leur cou pour rejoindre la voiture et s’éclipsèrent dans la nuit sombre.

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