Jazz
Quand j’avais fini ma journée à la crèche dans le brouhaha, les cris des enfants et la pression permanente, je sortais du bâtiment et prenais le temps de respirer un bon coup. Puis, d’un pas léger, le petit vent dans les cheveux, je rejoignais ma voiture sur le parking. Une clio baccarat qui avait vingt ans, achetée dans l’urgence à bas prix et qui m’a bien dépannée pendant à peu près deux ans. À l’époque où elle a été créée, c’était la voiture de luxe de madame : sellerie en cuir et boiserie sur le tableau de bord. Un petit luxe auquel je ne m’attendais pas mais que j’ai apprécié. Je l’aimais bien ma petite clio. Elle sentait bon. Le seul ennui c’est que l’auto-radio ne captait correctement que TSF Jazz, les autres stations étaient inaudibles. Je n’étais pas spécialement amatrice de jazz mais, finalement, contre toute attente, j’ai fini par l’aimer. Dans ces radios spécialisées très souvent les morceaux sont enregistrés sur une bande qui passe en boucle. J’entendais toujours les mêmes. C’est ainsi que je me suis rendu compte qu’une musique plus on l’écoute plus on l’aime.
Pour rentrer chez moi, avant d’atteindre la voie rapide, je devais prendre une petite route au milieu de nulle part. Mon chemin des écoliers. Un ruban d’asphalte assez rectiligne, sans bordures ni bas-côtés qui passait au milieu de champs de maïs, de tournesols ou de zones caillouteuses où seuls les virevoltants dansaient dans le vent.
Je roulais doucement, le bras à la portière dans la lumière rasante et dorée de la fin d’après-midi. J’aimais ce moment particulier, cette parenthèse, ce sas de décompression où j’avais l’impression d’être seule au monde, le jazz dans l’oreille. Je le faisais durer. Aujourd’hui je repense à ces instants de grâce si précieux en écoutant Norah Jones.
Qu'elle est belle cette page, pour moi pleine de rêve et de poésie ...
RépondreSupprimerMerci Nikole !
SupprimerMadame faisait dans l'occasion de luxe ! ;-)
RépondreSupprimerC'est curieux un autoradio qui n'a qu'une station… mais bon : « quand le jazz est là, la Java s'en va… ». C'est très juste ce que tu dis sur la répétition qui fait que l'on finit par aimer. C'est peut-être aussi une caractéristique des amours durables…
En tout cas voilà un billet très évocateur et bien écrit où tu nous emmènes à travers une nature délassante après le brouhaha de la marmaille !
Tu as un talent de conteuse. Une corde de plus à ton arc !
Merci de ce petit voyage dans la campagne…
PS : il m'a bien plu ce petit nuage en forme de dirigeable au-dessus des arbres ou plus poétiquement : une baleine volante !
On en voit des choses dans la forme des nuages ! Les photos, je les ai prises sur cette petite route sauf celle avec les virevoltants.
Supprimer🤔 une clio ? ? Vous êtes sûr miss myrte ? ?
RépondreSupprimerOui oui monsieur JP, une clio baccarat. Je n'arrive plus à me souvenir de la période exacte où je l'ai eue et pendant combien de temps je l'ai gardée. C'était dans la Drôme et je ne l'ai pas gardée longtemps car le moteur a lâché.
SupprimerDécompresser avant de rentrer chez soi, c'était essentiel et le trajet en voiture nous y aidait, à mon avis, quelle que soit la voiture 🙂
RépondreSupprimerJ'ai des souvenirs de trajets beaucoup plus longs (à Lyon dans les bouchons) contre lesquels je pestais et , bizarrement, lorsqu'ils ont disparu m'ont manqué... Je m'étais habituée à ce moment de décompression. Merci Mme Chapeau pour votre visite, il m'arrive de vous lire.
SupprimerMerci à vous pour votre gentille réponse. C'est vrai que dans les bouchons, c'est plus compliqué de décompresser
SupprimerRien de tel que Norah Jones pour faire la route. La parfaite passagère avec sa voix et sa composition hors norme. Je ne m'en lasserai jamais ; à elle seule elle rachète le style jazzy et l'entreprise de la chanson féminine et ses normes imbéciles.
RépondreSupprimerTout comme Melody Gardot que j'écoute aussi beaucoup.
SupprimerMerci de me faire découvrir Mélody Garbot — très sympa !
SupprimerRavie de te faire découvrir Mélody Gardot
SupprimerJ'ai toujours apprécié ce moment de décompression qu'est le retour chez soi, le soir. Pour moi, c'était quasiment vital. Au point que lorsque j'ai officié quelques temps dans deux entreprises proches de chez moi, outre le fait que je ne m'y plaisais pas, il me manquait " mon sas de décompression". Un rendez- vous radiophonique avec des humoristes, ou bien le lecteur de cd a fond.
RépondreSupprimerJ'ai ressenti la même chose lorsque j'ai travaillé plus près de chez moi, mon sas me manquait... Il me permettait de faire une pose entre le travail et le retour à la famille et mes enfants.
SupprimerDans les années 2000, l'entreprise où je travaillai a déménagé de la grande ville à une petite commune dans la campagne. L'une de mes tâches était d'aller déposer les chèques à la banque. Il n'y avait pas de banque dans cette petite commune. Plusieurs fois par semaine, je partais dans une commune voisine, pour aller faire la remise de chèque. C'était ma petite bulle d'évasion. Pas tant par la radio que je pouvais écouter, que par le paysage qui m'enchantait, par la respiration des saisons, par les fossés fleuris au printemps, les feuillages d'automne, les vaches paissant dans les champs... La commune a grandi. Une banque s'y est installée. Plus de balade enchantée dans la campagne. Juste un petit aller-retour au bourg (avec un passage par la boulangerie pour une gourmandise). Et puis plus de chèques à déposer. Les clients payaient (presque) tous par virement. Fin d'une époque où la vie était plus douce et plus lente.
RépondreSupprimerCe que tu racontes est une illustration d'un monde qui change et il y a plein d'autres choses qui ont évolué. Parfois on se sent rattrapé par le temps. Je pense au courrier papier, aux boîtes aux lettres, au petit commerce de proximité qui disparait au profit des supermarchés, etc...
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